HISTARC n° 16 · juillet 2026

Pouvoirs, sociétés et dynamiques historiques : huit recherches de la Grèce antique aux mondes contemporains.

Dernier numéro

HISTARC n° 16 — juillet 2026
8 articles 1 éditorial Accès libre

Sommaire du n° 16

Articles originaux

Huit contributions consacrées aux femmes dans l’Antiquité, aux mobilités et institutions ouest-africaines, à la paix et à la souveraineté culturelle.

01

Le rôle des femmes dans les cours royales hellénistiques : entre pouvoir, représentations et réalités

The role of women in Hellenistic royal courts: between power, representations and realities

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02

La gestion de l’oikos grec en l’absence de l’époux à l’époque classique (Ve-IVe siècles av. J.-C.) : le cas de la femme athénienne et spartiate

The management of the Greek oikos in the absence of the husband in the classical period – 5th-4th centuries BC: the case of the Athenian and Spartan woman

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03

Migrations précoloniales et dynamique des relations intercommunautaires dans le Nord-Est du bassin de l’Oti (Togo) du XVIIIe siècle à la fin du XIXe siècle

Pre-colonial migrations and the dynamics of intercommunity relations in the northeast Oti Basin – Togo – from the 18th to the end of the 19th century

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04

Vakourou Bamba, un renégat dans la fondation du Second Empire samorien dans le Nord ivoirien (1840-1892)

Vakourou Bamba: A Renegade in the Foundation of the Second Samorian Empire in Northern Côte d’Ivoire: 1840-1892

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05

Côte d’Ivoire : origines et implications de l’alliance Sénoufo-Odiennéka du XVIIIe au XXIe siècle

Ivory Coast: origins and implications of the Senufo-Odienneka alliance from the 18th to the 21st century

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06

La chefferie de terre en pays kroumen : une bureaucratie politico-traditionnelle (1999-2023)

Land chieftaincy in Kroumen society: a traditional political bureaucracy: 1999-2023

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07

La contribution de l’Union européenne (UE) au développement de l’Architecture de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) (2004-2021)

The contribution of the European Union to the development of the African Union’s architecture of peace and security: 2004-2021

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08

La politique antidrogue d’Evo Morales (2005-2015) : entre souveraineté culturelle et contrôle étatique

Evo Morales’s anti-drug policy – 2005-2015: between cultural sovereignty and state control

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Éditorial du n° 16

Pouvoirs, sociétés et dynamiques historiques

Les sociétés humaines se construisent dans la tension permanente entre l’autorité et la contestation, la continuité et le changement, l’identité et l’ouverture à l’autre. À travers des espaces aussi divers que le monde grec antique, l’Afrique de l’Ouest précoloniale et contemporaine, les relations entre l’Europe et l’Afrique ou encore la Bolivie du début du XXIe siècle, les huit contributions réunies dans ce numéro 16 interrogent les formes multiples du pouvoir et les mécanismes par lesquels les communautés organisent leur existence politique, sociale et culturelle.

Les deux premiers articles conduisent le lecteur dans la Grèce antique et replacent les femmes au centre de structures sociales et politiques. Ces contributions invitent à reconsidérer la place des femmes dans l’histoire ancienne à partir de leurs pratiques, de leurs responsabilités et de leur capacité réelle d’action. Dans sa contribution, Fabrice Oulai analyse le rôle des femmes dans les cours royales hellénistiques et montre l’écart entre les représentations officielles de la féminité et les réalités de l’exercice du pouvoir. Dans les dynasties ptolémaïque et séleucide, certaines femmes participaient aux stratégies matrimoniales, intervenaient dans les décisions dynastiques, assuraient parfois la régence et contribuaient à la légitimation des souverains. Cette réflexion trouve un prolongement dans l’étude de Dago Thomas Dadie consacrée à la gestion de l’oikos par les femmes athéniennes et spartiates aux Ve et IVe siècles avant notre ère. En l’absence de leurs époux, retenus par les campagnes militaires ou par des activités civiques, elles assuraient la continuité de la cellule familiale, économique et sociale. Derrière l’ordre social masculin imposant leur discrétion, les femmes athéniennes et spartiates déployaient des responsabilités indispensables à la stabilité du foyer et, plus largement, au fonctionnement de la cité.

Les quatre articles suivants portent sur l’Afrique de l’Ouest. Ils explorent les processus de peuplement, les rivalités politiques, les alliances communautaires et les formes traditionnelles d’organisation du pouvoir. Dans leur article, Nanbidou Dandonougbo et Sougle-Noma Lagbema analysent les migrations précoloniales dans le nord-est du bassin de l’Oti. Ils font ressortir la complexité d’un espace marqué par l’arrivée successive de plusieurs populations entre le XVIIIe siècle et la fin du XIXe siècle. L’installation des Gourma et des Anufom auprès des communautés déjà présentes s’accompagne de transformations politiques, économiques et sociales profondes et de rapports de domination qui redéfinissent durablement les équilibres régionaux. Dans sa contribution, Ladji Kamaté retrace l’ascension de Vakourou Bamba, architecte de la seconde dynastie samorienne dans le nord de la Côte d’Ivoire. Il met également en évidence la vulnérabilité des édifices impériaux. Allié stratégique de Samori Touré, il s’opposera progressivement à l’autorité de ce dernier. Son parcours montre que les empires ne se forment pas seulement par la guerre. Ils peuvent aussi être l’aboutissement de négociations, de loyautés personnelles, de rivalités et de compromis qui peuvent être remis en question. La figure de Vakourou Bamba se résume, non pas à celle d’un traître, mais à celle d’un dirigeant politique indépendant faisant face à une centralisation impériale qu’il ne pouvait plus tolérer ; engagé dans la défense de ses propres intérêts. En contrepoint de cette rivalité, la réflexion de Yalamoussa Coulibaly et Pori Diabaté met en évidence l’histoire de l’alliance sénoufo-odiennéka. Cette étude souligne la capacité des groupes à élaborer leurs propres mécanismes de régulation des relations sociales et de préservation de la paix. Les pactes de non-agression, conclus au XVIIIe siècle à la suite de contacts anciens et de la volonté de mettre fin aux affrontements, continuent de servir aujourd’hui de références sociales. Véritables institutions historiques, ces alliances intercommunautaires ont traversé des siècles et accompagné les transformations de la société. Enfin, Elie Deklek Dobe et Loroux Serge Pacome Junior Djokouri consacrent leur étude à la chefferie de terre en pays kroumen, qui a résisté à l’introduction de structures administratives héritées de la colonisation, est une autre continuité institutionnelle. Le chef de terre demeure au cœur de l’organisation politique et sociale. La soumission du chef de village à cette autorité traditionnelle montre la présence de plusieurs sources de légitimité. La chefferie de terre, caractérisée par des principes, des fonctions et une hiérarchie propre, témoigne de la faculté de la communauté kroumen à s’adapter aux transformations historiques tout en préservant les aspects symboliques et politiques de son identité.

Les deux dernières contributions étendent la réflexion aux questions diplomatiques et aux politiques actuelles. Dans sa contribution, Christian Gaël Ntoutoume Dzime analyse la contribution de l’Union européenne au développement de l’Architecture africaine de paix et de sécurité et met en lumière la portée des partenariats institutionnels dans la recherche de la stabilité du continent. L’appui européen a contribué à renforcer les capacités de l’Union africaine et le financement de plusieurs opérations de soutien à la paix entre 2004 et 2021. Cette coopération révèle tout de même une tension entre la volonté d’autonomie de l’organisation africaine et sa dépendance à l’égard de ressources extérieures. Serge Alain Nzamba étudie la politique antidrogue conduite par Evo Morales en Bolivie. Il permet de voir comment un État tente de concilier la souveraineté culturelle, la participation communautaire et le contrôle public. La formule « coca oui, cocaïne non » différencie la pratique traditionnelle et identitaire de la coca de son exploitation dans les circuits illicites. En reconnaissant les dimensions sociales, économiques et symboliques de la coca, cette formule exprime la volonté de rompre avec des politiques exclusivement coercitives. Cette politique axée sur la négociation est confrontée à des contradictions entre la reconnaissance culturelle et les impératifs de contrôle en raison des tensions internes, des contraintes internationales et des limites structurelles du modèle.

Au-delà de la diversité des périodes et des espaces géographiques, une interrogation fondamentale constitue le fil conducteur de ce numéro 16 : comment le pouvoir se construit-il, se transmet-il, se négocie-t-il ou se conteste-t-il ? Les femmes des cours hellénistiques et de l’oikos grec, les populations migrantes du bassin de l’Oti, les chefs militaires de l’empire samorien, les communautés sénoufo et odiennéka, les autorités traditionnelles kroumen, les institutions africaines et européennes, ainsi que les producteurs de coca boliviens s’inscrivent dans des univers sociaux, politiques et culturels profondément différenciés. Pourtant, par-delà ces singularités, tous ces acteurs participent à l’élaboration de formes spécifiques d’autorité, de solidarité, de coopération et de résistance. Leurs expériences mettent en lumière le caractère dynamique et relationnel du pouvoir, qui ne saurait être réduit aux seules structures institutionnelles ou aux figures dominantes, mais qui se construit également dans les espaces domestiques, les réseaux d’alliance, les mobilités migratoires, les formes de dissidence, les pratiques coutumières et les interactions quotidiennes.

En accordant une attention particulière à ces acteurs souvent situés au cœur des transformations sociales sans toujours occuper le premier plan des récits historiques, ce numéro 16 propose une approche renouvelée des sociétés humaines. Il invite à considérer l’histoire comme un processus pluriel, façonné par la diversité des expériences collectives et par les multiples modalités selon lesquelles les communautés organisent, négocient et réinventent leurs modes de vie en société.