HISTARC · n° 15 · volume 1 · juin 2025

Gouvernance, politiques publiques et crises politico-sociales

Huit études historiques consacrées aux formes de légitimation, aux dispositifs institutionnels et aux recompositions politiques et sociales en contexte de crise.

HISTARC n° 15, volume 1 — juin 2025
8 articlesÉditorial p. 7Accès libre

Sommaire

Articles originaux

Huit contributions sur le politique, la gouvernance institutionnelle, l’éducation, les crises sociales et les politiques d’aide.

01

La conciliation du Christianisme avec l’État romain sous le règne de Constantin le grand (310 - 337 ap. J.-C.)

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02

Le présumé « complot » antifrançais dit des marabouts de Ouahabou (1914-1917)

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03

Les enjeux de l’institution de la délégation spéciale comme instance de gestion communale au Burkina Faso (1959-2024)

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04

L’houphouétisme et ses contradictions de 1960 à nos jours

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05

Politiques publiques d’éducation au Gabon sous l’angle des états généraux de 1983 et de 2010

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06

Crise sociale aux conséquences politiques et institutionnelles. Cas du Gabon au début des années 1990

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07

Controverse autour de « l’ivoirité des gens du Nord », épicentre de la crise ivoiro-ivoirienne (1994-2002)

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08

Appui du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) à la politique sociale du gouvernement ivoirien (1996-2000)

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Éditorial

Gouvernance, politiques publiques et crises politico-sociales

Ce premier volume du numéro 15 de notre revue réunit huit réflexions. Elles interrogent les mécanismes de construction du politique face à diverses formes de crise : religieuse, coloniale, institutionnelle ou identitaire. À travers ces analyses se dessinent les modalités par lesquelles les États réinventent leur légitimité. Alliances stratégiques, production normative et mise en œuvre de l’action publique apparaissent comme autant d’instruments de recomposition du pouvoir.

L’article inaugural consacré à Constantin (310 - 337), signé par Moussa Aleyri Salam Sy et Papa Birane Thiam, restitue la dynamique d’une accommodation religieuse sans renoncement : faire du christianisme un partenaire d’ordre tout en conservant l’architecture rituelle païenne. Cette dualité assumée éclaire une technologie du pouvoir qui convertit la protection d’une minorité en ressource de gouvernement.

Le retour sur le « complot » de Ouahabou (1914 - 1917), proposé par Mahamadi Koala et Mahamoudou Oubda, démonte la mécanique coloniale de la suspicion : fabriquer l’ennemi intérieur pour discipliner l’espace social. Au-delà des cas individuels se dessine un dispositif de répression qui articule procédure, rumeur et exemplarité punitive.

L’étude portant sur la délégation spéciale au Burkina Faso (1959–2024), conduite par Guilga François De Paule Yambressinga, interroge un instrument de gestion en contexte de vacance institutionnelle. Gain d’efficience et désamorçage des clientélismes d’un côté ; ralentissement de l’investissement, faible participation et recentralisation de l’autre. L’article révèle l’ambivalence d’un outil qui stabilise la commune tout en fragilisant la décentralisation.

Le texte sur l’houphouétisme (1960-Aujourd’hui), rédigé par Yao Marcel Kouakou et Yao Clément Kouadio, suit la longue durée d’une référence politique devenue champ de luttes herméneutiques après 1993. La constance affichée masque des inflexions doctrinales et des contradictions pratiques. La filiation revendiquée sert autant d’armature symbolique que de répertoire concurrent d’interprétations.

Au Gabon, l’analyse des États généraux de l’éducation (1983, 2010), menée par Emma Prudence Mouleba épse Mouagouadi, met à nu l’écart entre les diagnostics, les recommandations et l’exécution. Le défaut d’alignement entre les objectifs, les moyens et la gouvernance d’interface (administrations, écoles, acteurs locaux) explique la faible transformation d’un système pourtant amplement audité.

La lecture de la crise sociale gabonaise du début des années 1990, proposée par Éric Damien Biyoghe Bi Ella et Olive Pulchérie Itoumba, montre comment la conflictualité sociale reconfigure le champ politique. Des grèves étudiantes aux mobilisations populaires, la séquence conduit à la Conférence nationale et au multipartisme. L’ouverture institutionnelle s’inscrit alors dans la contrainte protestataire et le contexte international.

Au cœur de la crise ivoiro-ivoirienne (1994 - 2002), la controverse sur « l’ivoirité », analysée par Sékou Traoré, déplace la compétition vers la définition de l’appartenance. Enchevêtrement du politique et du religieux, polarisation territoriale et confessionnelle : l’article attribue des responsabilités précises aux entrepreneurs d’identité.

Enfin, l’examen de l’appui du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) en Côte d’Ivoire (1996 - 2000), conduit par Zie Yacouba Coulibaly et N’dri Laurent Kouakou, rappelle la matérialité des politiques sociales en temps de crise : cantines scolaires, microcrédits, coordination multi-acteurs. On y voit les marges d’action d’un État sous contrainte et la manière dont l’aide structure les priorités, les instruments et le ciblage.

Pris ensemble, ces travaux éclairent trois lignes de force : la légitimation par l’accommodement et le récit, l’ambivalence des dispositifs institutionnels en situation d’exception, la traduction sociale des politiques publiques. Ils invitent à penser les crises non comme des parenthèses, mais comme des matrices de redéfinition durable du gouvernement des sociétés.

Bonne lecture !